dimanche, décembre 23, 2007

Retour en arrière 4 : l'équateur et un volcan...

Lima, Perú

Et oui, de retour en Équateur après plus de deux ans! J'arrive à Quito et je me dirige vers le même hostal que la dernière fois... le fameux Centro del Mundo. Le proprio est québécois et offre à sa jeune clientèle des Cuba Libres gratuits les lundis, mercredis et vendredis! Mais c'est surtout pour la bonne ambiance, les nombreux backpackers et le bas prix des lits en dortoir que j'y reviens. De plus, après presqu'un an à voyager, on a besoin d'un peu de stabilité, de se sentir chez soit, ce qui est le cas ici et à Quito! D'ailleurs, je retrouve Sylvia, une équatorienne d'Ambato que j'avais rencontré lors de mon premier voyage...

Avec Sylvia, on décide de retourner à la Mitad del Mundo, ce site touristique qui est sur la ligne de l'équateur, à moins d'une heure au nord de Quito. Parce que l'équateur passe par l'Équateur!!! Mais au lieu d'aller visiter le monument et le parc touristique que j'avais visité la dernière fois, et que Sylvia connait aussi, on décide plutôt de se diriger au musée Inti Ñan. Mais auparavant, on fait un détour non loin de là pour descendre dans le cratère Pululahua où le paysage est superbe. Ce qui est spécial des randonnés dans les cratères, c'est qu'on commence évidemment par la facile descente... mais qu'il faut remonter par la suite! Bref, c'est toujours plus long que l'on pense! C'est la troisième fois que je me fais avoir! On arrive quand même au musée Inti Ñan avant la fermeture. Un guide nous explique les coutumes et habitats traditionnels équatoriens, mais le plus intéressant est sûrement la série d'expériences que l'on nous démontre sur la ligne exacte de l'équateur (déterminé par GPS par des militaires canadiens dans les années 1990). C'est que c'est la particularité de ce musée, à comparer des autres qui pullulent dans le coin, il est exactement sur la ligne imaginaire! Le fameux monument, où tout le monde se prend en photo, comme moi la dernière fois, est à quelques centaines de mètres de la vraie ligne, mais on se garde bien de vous le dire : un vrai attrape-touriste! Mais ici, le fait d'être exactement sur l'équateur permet de faire une multitude d'expériences scientifiques intéressantes! Comme faire tenir un oeuf cru debout sur une tête de clou, ou voir le tourbillon dans un évier tourner vers la droite ou vers la gauche, ou ne pas tourner du tout, selon qu'il est au nord, au sud ou exactement sur la ligne. Voir des alignements de soleil parfait... Ou encore comment il est difficile de marcher sur l'équateur les yeux fermés, alors qu'à un mètre de là, on y arrive sans problème... On croit que l'on se fait duper par le guide, que de tels phénomènes semblent supernaturelles, etc. Mais au contraire, ils s'expliquent parfaitement tous scientifiquement. En effet, tout est justifié par les effets de la gravité, des forces de Corioli ou l'orientation de la sphère terrestre par rapport au soleil en cet endroit précis. Enfin, les mêmes phénomènes se passent sur toute la ligne équatoriale qui fait, par définition, le tour de la terre! Mais c'est le site le plus accessible en Amérique. C'est d'ailleurs ici que, dès le 16ième siècle, des scientifiques français ont décidé de faire leurs expériences.

Après plusieurs soirées à faire la fête à Quito, il fallait que je fasse quelque chose de moi... On organise donc, avec Alex, un anglais rencontré à l'hostal, l'ascension du Volcan Cotopaxi pour le weekend du 28 octobre. Première étape, trouver une agence, parce que, ni lui, ni moi, n'avons d'expérience et l'équipement pour les ascensions en cordée, dans la neige avec crampon et piolet. Et ce n'est pas ici une balade tranquille, mais une véritable ascension jusqu'au sommet à 5898m! 5898m, c'est 3 fois le mont Washington, le sommet le plus haut de l'est de l'Amérique du Nord... c'est aussi plus de 1000m plus haut que le Mont Blanc, le sommet le plus haut d'Europe Occidentale! C'est aussi le second sommet d'Équateur et le troisième plus haut volcan actif de la planète! J'ai bien dit ACTIF!!! C'est pourtant une ascension facile techniquement, et parait-il qu'une personne en forme peut le faire sans problème. C'est ce que je veux me prouver à moi-même. Mais je veux bien me préparer à l'ascension, alors la veille de l'excursion, on prend le téléférique de Quito vers le Volcan Rucu Pichincha. Nous sommes alors catapultés de 2800m à 4100m d'altitude. On fait une pause d'une heure avant de monter plus, le temps que notre corps s'habitue à l'altitude. La tolérance à l'altitude dépend des individus. Pour moi, par l'expérience des précédentes randonnées, je sais que dès 3000m, je commence à manquer de souffle, et que les maux de tête commencent dès 3500m. Mais avec une acclimatation, c'est à dire passer du temps en altitude, on peut repousser vers le haut ces limites. C'est le but de l'ascension d'aujourd'hui. On monte donc tranquillement jusqu'au sommet du Rucu, à 4700m. J'y arrive avec un léger mal de tête, et un peu en manque de souffle, mais sans grande difficulté. Alex me rejoint au sommet pour voir la superbe vue entre deux nuages une quinzaine de minutes plus tard. Mais il faut déjà redescendre, il se fait tard! Enfin, pas tant que ça, mais on est au niveau de l'équateur, le jour dure de 6h à 18h à l'année longue ici! On arrive à la station du téléphérique à la lampe de poche... le temps de prendre quelques photos de Quito de nuit, on redescend et après un bon repas riche en carbo-hydrate (ça c'est des pâtes!), on se couche de bonne heure.

Lever tôt ce matin, on prend un bon déjeuner. Et on se retrouve à l'agence, où on rencontre nos deux guides et Jared, un ontarien de Toronto qui va monter avec nous. Nous arrivons en Jeep à 4500m au stationnement sur le flanc du Cotopaxi vers midi. Je m'inquiète car le sommet est bien ennuagé, alors qu'on avait un ciel sans nuage lors de ma descente du volcan en vélo de montagne depuis ce même stationnement en été 2005. Mais les guides nous expliquent que c'est normal pour la saison, que le ciel se dégage normalement pour la nuit jusqu'au matin. Et qu'on ne devrait pas avoir de problème au niveau de la météo. Mais assez parlé, on doit grimper avec tout l'équipement, bouffe, sac de couchage, etc, jusqu'au refuge à 4800m. C'est déjà plus haut que la veille, et on est chargé en plus! Bref, on prend une bonne heure, sous quelques flocons de neige, pour grimper les 300m. Et là, le temps court... à peine le temps d'organiser nos affaires et de manger un peu qu'on doit monter quelques 200m jusqu'au glacier pour un cours sur les techniques d'ascension. On pratique les exercices, sans négliger l'indispensable technique d'arrêt de secours avec le piolet au cas où on perd pied. C'est bien amusant tout ça, mais on espère bien sûr ne pas avoir à s'en servir! Une dernière glissade contrôlée dans la neige et déjà de retour au refuge. Un souper riche en calories, et à 19h, on va se coucher... et on essaie de dormir.

Je pense que j'ai à peine dormi deux heures quand les guides nous réveillent à 23h pour se préparer. Parce qu'on grimpe de nuit! À cause des conditions de neige, et des risques d'avalanches, il faut être descendu avant 10h du matin. Alors, on commence à grimper à minuit trente, lentement, mais sans s'arrêter plus de 5 minutes toutes les heures, c'est le mot d'ordre, si on veut arriver dans les temps au sommet. Je suis en cordée avec un guide et Jared, et Alex est avec l'autre guide. Tout va bien, on monte sous la lumière de la pleine lune, lentement, mais sûrement, jusqu'à environ 5500m... Je suis alors bien fatigué et semble manquer de force, malgré le chocolat et autres sucreries qui me donnent normalement un coup de pied au cul, mais je suis content, je n'ai qu'un léger mal de tête, et la détermination d'arriver au sommet. Mais Jared semble avoir des problèmes... maux de tête, pertes d'équilibre... ce sont les signes du mal de l'altitude qui s'installe. Après s'être assuré qu'il pouvait bien continuer, et quelques encouragements (alors que j'en avais en fait moi-même besoin!), on continue... Pour ce qui est d'Alex, on apprendra par la suite que son guide l'a convaincu ici même, une demi-heure plus tard, de redescendre parce qu'ils ne montaient pas assez vite pour atteindre le sommet dans les temps. Il est 4:30, c'est la période la plus froide de l'ascension, et la plus difficile avec un mur de neige à 45 degré à grimper de front, puis quelques crevasses de 30 à 60 cm de large et on-ne-veux-pas-savoir-combien de profond à traverser. Puis un passage très vertigineux, une paroie à 70deg à traverser, un pied devant l'autre... Déjà on croise des gens en train de descendre... ce qui veux dire qu'on est près du sommet... mais on se rend aussi compte qu'on est dans les derniers. On ne doit pas s'arrêter... il est déjà 18h15, le soleil est levé, et ses rayons commence à ramollir la neige. On a encore 100 à 150m à monter. Avancer... ne pas s'arrêter... un pas, un autre. Sept heures, en manque de souffle, on arrive enfin au sommet, 5898m!!! J'en ai les larmes aux yeux... tant d'effort... enfin j'y suis! Une lumière aveuglante, le cratère noir sur la droite, la vue superbe, un peu comme dans un rêve... Je ne garde pas de souvenir plus précis du sommet. Ce que je sais, c'est qu'après avoir pris quelques photos, s'être changé rapidement, on est déjà sur le chemin du retour... une descente de plus de 2 heures... Où on s'arrête par contre un peu plus pour prendre les photos qu'on n'a pas pu prendre de nuit. Arrivée au refuge, mes jambes et mes genoux me font mal... et on a encore 300m à descendre jusqu'au Jeep et 2 heures de route jusqu'à Quito... et 5 minutes de marche jusqu'à l'hostal! Ce n'est qu'allongé sur mon lit et révisant mes photos que j'apprécie enfin vraiment l'ascension!

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